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ARBORESCÈNCES

pour Àlex Mitrani,
Barcelona, janvier 2012


"Refuse-toi à écrire des choses sans importance,
c'est la plaie de la poésie actuelle"

Max Jacob, Lettres à Guy Cadou.

Et Max Jacob poursuivait l'explication : il ne s'agit pas de «poèmes philosophiques» ni de "poèmes obscurs", mais de faire de la poésie une expression liée à la pensée et la souffrance humaines. Nous pouvons appliquer ces conseils à la peinture. Aujourd'hui plus que jamais, la peinture ou la littérature, l'art ne peuvent être triviaux. C'est une question d'honnêteté, de responsabilité, de sens.


La tension entre beauté et inquiétude qui se manifeste dans la peinture de Carles Gabarró nous amène à une expérience importante, qui mérite considération. De racine formelle et intuitive, son oeuvre semble s'exprimer de manière purement abstraite et émotionnelle. Mais maintenant, pour la première fois, on peut y déceler une relation avec la situation actuelle : la crise et la dépression économique. Il faut préciser que ce sens surgit a posteriori dans les processus créatifs du peintre, mais nous devinons qu'il l'assume et le reprend avec plaisir. Parce que l'important est que, par dessus les misères du quotidien, l'exemple donné est celui de la liberté et du droit à la beauté que la peinture procure.


Il s'agit avec cette exposition d'une opportunité pour de nouvelles retrouvailles entre l'artiste et la ville de Paris, où il a débuté sa carrière. Gabarró, barcelonais, est encore un peintre parisien, un digne représentant de la tradition moderne de la peinture comme territoire créatif. Il se montre equilibré, violent et delicat en même temps. Il y a quelque chose de cézannien dans ces harmonies de verts et de terres. Il y a un sens du rythme dans l'articulation et la communication des masses qui nous fait penser à Poliakoff. Mais Gabarró nous offre des paysages nouveaux, des parcours originaux et passionnés : ceux d'arborescences picturales qui établissent les chemins pour entrevoir des horizons d'espérance.